Les inconduites sexuelles de l’ex-DG de l’Opéra de Montréal révélées dans le Washington Post

Le quotidien américain a fait état des inconduites reprochées à Bernard Uzan dans un texte rapportant des allégations contre divers acteurs du milieu de la musique classique. Les quatre chanteuses dont Uzan a été l’agent l’ont dénoncé pour des gestes et des pratiques s’échelonnant sur 25 ans, entre 1986 et 2011.

Le metteur en scène et agent d’artiste a déjà été critiqué pour « son fort tempérament » durant sa carrière, a indiqué à La Presse le directeur général actuel de l’ODM, Patrick Corrigan. Il a la réputation dans le milieu d’être un « homme particulier, quelqu’un de pas toujours facile », a-t-il ajouté. Mais jamais M. Corrigan n’avait eu vent d’inconduites sexuelles.

DÈS LES ANNÉES 80

Selon le Washington Post, la soprano américaine Diane Alexander aurait été victime de contacts physiques non désirés de Bernard Uzan en 1986. Dans l’ascenseur d’un hôtel, alors que la chanteuse participait à un programme pour jeunes artistes, Uzan l’aurait étreinte et aurait pressé son pénis en érection contre elle.

Près de 20 ans plus tard, l’homme est devenu l’agent de Mme Alexander. En 2005, il l’a engagée pour jouer dans sa production La Traviata, à l’Opera Carolina, à Charlotte en Caroline- du-Nord.

Bernard Uzan aurait alors commencé à lui envoyer des messages textes sexuellement explicites. Après qu’elle eut bloqué ses messages, ses avances ont cessé, mais l’attitude du producteur envers elle aurait alors complètement changé, rapporte le Washington Post. Diane Alexander dit avoir vécu de « l’abus émotionnel » qui a miné sa confiance en elle et affecté ses prestations.

DES INCIDENTS RÉCURRENTS

Alors qu’elle avait 29 ans, en 2008, la mezzo-soprano Erin Elizabeth Smith aurait elle aussi été la cible de Bernard Uzan, dans des circonstances très similaires. Les deux seraient sortis prendre un verre, un soir, peu après qu’Uzan fut devenu son agent.

À table, il aurait alors montré son érection à travers son pantalon à la chanteuse, lui déclarant que c’était « l’effet qu’elle lui faisait ». Erin Elizabeth Smith raconte que Bernard Uzan lui a ensuite demandé de sucer son pouce, en l’insérant dans sa bouche. Elle a alors fui.

À la suite de cet événement, il l’aurait appelée pendant des jours, jusqu’à ce qu’elle signifie clairement qu’elle ne souhaitait pas avoir de relation intime avec lui. Quelque temps plus tard, sous d’autres prétextes, Uzan a coupé ses liens professionnels avec l’artiste, quittant ses fonctions d’agent.

L’histoire s’est répétée en 2008, puis en 2010, selon les mezzo-sopranos Xixi Shepard et Carla Dirlikov.

Shepard raconte avoir dû écouter Bernard Uzan, qui avait beaucoup bu de vin, vanter son « talent pour le sexe oral » lors de leur toute première rencontre. Il l’aurait par la suite invitée à profiter dudit talent après leur souper.

Carla Dirlikov était sous la tutelle d’Uzan depuis un an lorsqu’il l’aurait apostrophée durant une audition et dit qu’il voulait coucher avec elle. Devant son refus, il aurait commencé à dire aux compagnies que la chanteuse ne souhaitait pas travailler avec elles et à la dénigrer publiquement. Citée par le Washington Post, Mme Dirlikov raconte que Bernard Uzan aurait par la suite touché ses seins, un an plus tard, dans une salle de répétition bondée. Pour toute excuse, il aurait déclaré que « ça lui tentait ».

AUCUNE PLAINTE, DIT L’ODM

L’Opéra de Montréal a affirmé hier n’avoir jamais reçu de plainte pour inconduite sexuelle ni contre Bernard Uzan ni aucun autre membre, ancien ou actuel, de la compagnie. « En ce qui concerne Bernard Uzan, ça fait très longtemps qu’il n’a plus d’attaches avec l’Opéra », a ajouté Patrick Corrigan.

Uzan est né en 1944 à Tunis, en Tunisie, mais il a les nationalités française et américaine. Il est arrivé au Canada à la fin des années 80 et a été directeur général de l’ODM de 1988 à 2000, ainsi que directeur artistique de 1989 à 2001. Il avait d’abord été embauché par la compagnie montréalaise en 1986 pour mettre en scène l’opéra Roméo et Juliette. Dans sa fonction de directeur, il s’engageait lui-même comme metteur en scène, en particulier dans les productions importantes, et participait à la conception des décors, parfois même des costumes.

Ses pratiques ont souvent été décriées. Un ancien ministre provincial des Finances, feu André Bourbeau, a d’ailleurs monté un dossier très critique à son endroit en 1999, notant entre autres le fait qu’Uzan engageait sa femme, la soprano Diana Soviero, au moins une fois par année dans les productions de l’ODM. L’ancien directeur avait aussi pour habitude de recruter principalement des chanteuses et chanteurs américains, allant même jusqu’à congédier la soprano québécoise Monique Pagé pour la remplacer par une jeune Américaine lorsqu’il a monté l’opéra La Bohème.

Contacté par le Washington Post, Bernard Uzan a nié les accusations portées à son égard. Il a reconnu avoir « flirté avec des femmes », mais a dit n’avoir jamais insisté.

« C’est impossible. Est-ce que j’ai déjà verbalement poussé quelqu’un à coucher avec moi ? Absolument pas », a-t-il déclaré au Post, reconnaissant avoir beaucoup de tempérament, ce qui « blesse parfois les gens ». La Presse n’a pas pu obtenir de réaction du metteur en scène.

Le site internet de son agence, Uzan International Artist, ne permet plus depuis hier de s’inscrire à des classes chapeautées par M. Uzan, le lien menant désormais à une page introuvable.

Source:http://www.lapresse.ca/actualites/201807/27/01-5191131-les-inconduites-sexuelles-de-lex-dg-de-lopera-de-montreal-revelees-dans-le-washington-post.php

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